Date de publication : 29/07/2026

Rencontre avec Antoine Roux – Fruggr – Consultant Senior Gouvernance de l’IA

Antoine Roux est juriste de formation, avec un double parcours en droit et en management de l'innovation. Il accompagne les entreprises dans la définition et l'opérationnalisation de leur stratégie de gouvernance de l'IA. Pour lui, une IA responsable se construit d'abord dans l’opérationnel  : frugale, éthique, et pensée pour durer.

Impact AI : Fruggr est un pionnier reconnu du numérique responsable. En 2026, quels usages responsables recommandez-vous en priorité chez vos clients ?

En tant qu’expert en gouvernance de l’IA chez Fruggr, notre plateforme SaaS développée par Digital4Better, est d’abord guidée par les valeurs de l’économie sociale et solidaire.

Pour nous, le numérique responsable, c’est un numérique respectueux de l’environnement, accessible à toutes et tous, et éthique dans ses usages.

Initialement, il y a 5 ans, notre objectif était d’alléger le bilan carbone des outils numériques des entreprises. Nous avons ensuite développé un module dédié à la conformité de laccessibilité numérique de ces mêmes outils. Aujourdhui, nous appliquons cette même exigence à lintelligence artificielle : mesurer son empreinte environnementale, analyser les risques associés à ses usages, et accompagner sa mise en conformité réglementaire. Si je devais donner une seule priorité à nos clients pour 2026, ce serait celle-là : cesser de considérer lIA comme un angle mort de leur démarche numérique responsable, et l’appréhender avec la même rigueur.

IAI : Fruggr vient de rejoindre le collectif Impact AI. Pourquoi ?

Impact AI, c’est l’opportunité de rencontrer des pairs, des professionnels en action qui se posent les mêmes questions que nous. J’ai déjà pu élargir mon réseau en juin dernier à VivaTech de manière physique, et à distance également dans les groupes de travail et les différents ateliers de la communauté. Pour nous, il est essentiel d’avoir des témoignages de directeurs expérimentés, mais aussi des retours métiers de personnes avec des expertises différentes. C’est aussi un des bénéfices d’Impact AI de rencontrer une diversité de profils de haut niveau et assez variés.

Sur le fond, chez Fruggr, nous voulons mutualiser nos forces avec d’autres car seuls, nous buttons sur certaines questions stratégiques pourtant encore sans réponse. En particulier, nous avons besoin de retours de pairs et d’intelligence collective pour faire progresser notre méthodologie de mesure de l’empreinte environnementale de l’IA.

IAI : Racontez-nous les coulisses d’un de vos ateliers

Concrètement, je participe à l’atelier thématique « IA et environnement ». Il y a ce dialogue entre tech non-tech et les retours terrain d’expériences en taille rééelle qui apportent une forte valeur ajoutée à nos résultats. Collectivement, Impact AI est en train de développer un outil commun qui permet de responsabiliser les chefs de projet non-tech quand ils conçoivent ou déploient des IAs. En intelligence collective, nous sommes en train de construire un pilote que nous allons ensuite tester avec la communauté. Et à la fin de notre travail, notre atelier pourra ainsi livrer un nouvel outil original, un bien commun au service de tous les membres de la communauté.

IAI : Dans la programmation d’Impact AI pour la rentrée, de quels témoignages ou bonnes pratiques voudriez-vous pouvoir vous inspirer ?

J’ai deux grands sujets. A propos de l’impact de l’IA sur le travail, je m’interroge beaucoup sur ce que vont devenir nos parcours de carrière. Les entreprises sont passées à une balance entre d’un côté embaucher des profils juniors et les former, et de l’autre côté, à moindre coût, utiliser des IA pour effectuer des tâches similaires, et ça m’intéresse passionnément. Le second sujet, c’est la souveraineté numérique, ou je dirais plutôt la résilience numérique. Aujourd’hui, on est sur un marché de l’IA qui est concentré sur des puissances étrangères. Ce qui m’intéresse, par exemple, c’est que nous suivions ensemble avec la communauté ce qu’en dira la course à la présidentielle de 2027.

IAI : Réciproquement, quelles convictions sur l’IA Responsable voulez-vous partager pour nourrir la communauté ?

La responsabilité du numérique, hors IA, c’est avant tout un impératif de mise en conformité avec la loi. Pour l’IA en revanche, j’ai l’impression que la responsabilité prend le chemin inverse: les exigences éthiques précèdent la loi, et le législateur est sans cesse distancé.

Ma conviction, c’est que l’IA est un outil qui donne une impression de matérialité, une existence beaucoup plus facile à visualiser dans le monde réel. Du coup, il y a une prise de conscience peut-être plus claire et plus exprimée de ses impacts.

L’usage de cette technologie a des conséquences faciles à voir dans notre corps, sur nos actes, sur notre emploi du temps, sur notre rapport aux autres. Même si on ne comprend pas pourquoi, même si on ne s’engage pas dans les grands débats, il y a un ressenti individuel, une sorte d’intuition que nos choix vont avoir des conséquences que l’on aura alors à assumer en retour de bâton.

Cette conscience personnelle, on ne l’observait que très peu pour les autres outils du numérique. Avec l’IA, la responsabilité des usages n’est plus un engagement de quelques-uns pour le bien commun, c’est une injonction intime à laquelle il devient difficile d’échapper.

IAI : Et si un membre souhaite vous rencontrer, sur quelle expertise en particulier souhaiteriez-vous être interrogé ?

J’ai un parcours de juriste, mais un juriste assez couteau suisse, puisque j’ai un parcours en management d’innovation. Et ce qui m’intéresse au quotidien, c’est peut-être une capacité à opérationnaliser les attentes juridiques. Alors, c’est très niche, mais j’aimerai pouvoir apporter à Impact AI mon savoir-faire sur la simplification de la théorie juridique pour passer vers l’opérationnel. Et donc, parler à la fois avec des juristes, avec des consultants, des directeurs IA, métiers, des chefs de projet IA, et puis les aider à appliquer la réglementation sur l’IA en créant de la valeur opérationnelle.

Par exemple, dans le règlement européen sur l’IA les systèmes d’IA qui sont considérés à haut risque, il y a un article qui oblige les entreprises à mettre en place un système de gestion des risques. Et ça s’arrête là, avec quelques définitions théoriques. Quels sont les outils qu’on utilise pour les mesurer ? Il y a toute une conséquence opérationnelle qui n’est pas du tout prévue par le texte. C’est cet exercice-là que j’aimerai mettre à profit au sein de notre communauté.