INTERVIEW EXPERT: comment les Testing and Experimentation Facilities (TEF) peuvent accélérer l’adoption de l’IA de confiance en Europe ?

INTERVIEW EXPERT

Comment les Testing and Experimentation Facilities (TEF) peuvent accélérer l’adoption de l’IA de confiance en Europe ? Qu’est-ce qu’un TEF (Testing and Experimentation Facility) et quel est le lien avec AI Act ? Impact AI fait le point avec Agnes Delaborde, Responsable de département Evaluation de l’IA et cybersécurité chez LNE (Laboratoire national de métrologie et d’essais)

Le plus grand risque serait de ne pas prendre de risques. Nous devons oser tester, oser échouer, oser apprendre et recommencer. C’est comme cela que nous pourrons continuer à progresser et à innover.

 

Comment fonctionnent les TEF?

Agnes Delaborde: Les TEF (Testing and Experimentation Facilities) sont des projets financés par la Commission européenne de 2023 à 2027, et qui ont pour objectifs principaux de structurer un réseau européen d’infrastructures permettant à l’industrie de tester leurs produits à base d’IA, et également de coordonner la création d’un catalogue de services. Les services pourront couvrir des essais de performance, de qualité, d’éthique, voire même dans certains cas de conformité. Il pourra également s’agir de services de certification, ou d’accompagnement technique. Les clients cible de ces services seront les PME et ETI fournisseurs de solutions à base d’IA, mais tous les types d’organismes pourront bien sûr faire appel au réseau TEF. Quatre projets TEF sont financés, pour quatre secteurs de l’industrie spécifiques : agroalimentaire (agrifoodTEF), production manufacturière (AI-MATTERS), médical (TEF-Health) et smart cities (CitCom.ai). Ici également, les acteurs des autres secteurs sont bien sûr invités à faire appel à nous.

Quels sont les avantages des TEF pour les fournisseurs de technologies et les utilisateurs finaux en France et comment peuvent-ils profiter de ces installations ?

Agnes Delaborde: Au LNE, nous remarquons déjà quotidiennement que les fournisseurs et utilisateurs, tous secteurs confondus, ont beaucoup de difficulté à déterminer ce que la réglementation (actuelle et à venir) leur impose en termes d’essais et de validation, et les essais qui constitueraient pour eux un argument de démarcation commerciale, ou un élément pour une prise de décision avant acquisition d’une solution à base d’IA. En outre, ils ne savent pas toujours vers qui se tourner pour réaliser ces essais : qui a les compétences ? Dans quel domaine ? Les TEF vont leur permettre de clarifier à la fois leurs besoins et d’identifier les organismes pouvant répondre à ces besoins.
En outre, le financement TEF permet de prendre en charge ces essais, en partie ou en totalité selon les cas, ce qui permet de rendre ces services bien plus attractifs sur la durée du projet. Les remises concernent les PME et ETI, et plus de détail sur les conditions d’éligibilité seront bientôt communiquées.
Les projets venant de démarrer, et chacun impliquant entre 20 et 50 partenaires, nous comprenons que nos premières étapes consistent à nous structurer et définir une stratégie unifiée pour permettre à l’industrie d’accéder à nos services. Même si certains TEF ont déjà leur propre site web à l’heure de cette interview (https://www.agrifoodtef.eu/ et https://www.tefhealth.eu/), les outils sont en cours de création et seront effectifs vers cet été. Toutefois, chaque TEF est organisé en nœuds géographiques et thématiques, ce qui veut dire que les industriels français disposent d’un point de contact local : le LNE (agrifoodTEF, TEF-Health, CitCom.ai) et le CEA (AI-MATTERS). Selon le secteur du TEF, les nœuds français présentent des spécificités. Dans le cas du TEF-Health par exemple, le nœud français a surtout vocation à assurer un point de contact géographique, alors que le nœud français de CitCom.ai est dédié tout particulièrement à la mobilité et aux véhicules autonomes. Cependant, les utilisateurs français des TEF pourront aussi faire appel à nous pour accéder aux services des autres nœuds européens des TEF, nous sommes les relais locaux.

Les TEF peuvent contribuer au développement de méthodes et de protocoles de test communs pour certifier les solutions basées sur l’IA conformes à l’AI Act. Comment les nœuds français vont-ils permettre de renforcer la confiance dans les systèmes d’IA et d’accélérer leur adoption en France ?

Agnes Delaborde: Il est important de préciser que la vocation première des TEF n’est pas de certifier les solutions. Toutefois, nous allons en effet contribuer à concevoir une variété d’outils en lien avec la validation des produits au regard de l’AI Act. Outre les prestations d’essai (sécurité, performance, éthique), l’accompagnement technique, et certains partenaires proposant des certifications tels que le LNE (https://www.lne.fr/fr/service/certification/certification-processus-ia), les TEF vont également contribuer au mécanisme des bacs à sable réglementaires de l’AI Act, qui ont pour objectif d’outiller la mise en œuvre de la réglementation en collaboration avec les autorités nationales (accompagnement de use cases industriels, définition des exigences relatives aux organismes d’évaluation de la conformité, etc.). Les nœuds français de tous les TEF vont contribuer à ces actions, et cela permettra donc à l’industrie française de bénéficier d’experts d’avant-plan sur les questions de conformité des solutions d’IA. Et encore plus particulièrement, du côté d’agrifoodTEF, le nœud français est le référent thématique de ce TEF sur l’évaluation de conformité.

Comment les TEF peuvent-elles contribuer à l’avancement et à la compétitivité de l’industrie de l’IA dans l’UE et ailleurs et au développement de normes et de certifications pour l’IA ? Pouvez-vous nous dire plus sur le calendrier et les premiers résultats attendus ?

Agnes Delaborde: Nous comprenons bien qu’obtenir des résultats d’essais permet de faciliter la mise sur le marché : soit pour simplement vérifier les performances d’une solution, se situer par rapport à la concurrence, ou encore pour répondre aux exigences réglementaires. L’AI Act n’est pas encore en vigueur, mais nous savons qu’il impliquera une qualification des performances dans certains contextes, et il est bien sûr nécessaire de s’y préparer. En outre, de nombreuses réglementations sectorielles imposent déjà que les produits mis sur le marché répondent à des critères de performance du produit et de ses composants – si l’un des composants est à base d’IA, celui-ci doit donc être qualifié. Les TEF vont alors agir comme un booster, puisqu’ils permettront de combler certaines lacunes encore persistantes concernant la réalisation des essais pré-commercialisation.
Les calendriers et objectifs spécifiques varient d’un TEF à l’autre, mais d’une façon générale nous nous attendons à ce que les premiers catalogues de service apparaissent au cours du second trimestre 2023. Les années suivantes seront consacrées à la mise en place des nouvelles infrastructures d’essai, et à la création ou l’amélioration continues des services d’essai proposés. Cependant, un grand nombre d’acteurs, dont le LNE, disposent déjà de moyens d’essais et de services, il est donc déjà pertinent de les contacter dans le cadre des TEF.

 

Pour plus d’informations sur le fonctionnement, le financement, les liens entre les TEFs et les autres initiatives européennes comme les data-spaces ou European Digital Innovation Hubs (EDIHs) regardez ce site.

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